Chère lectrice, cher lecteur, 

A votre avis, quel était le fruit préféré de Johnny Hallyday ? 

L’amûuuure, bien sûr.

 

Eh bien Johnny avait raison, la mûre est un trésor.  

D’abord, c’est une excellente source de flavonoïdes, des polyphénols dont la science souligne le rôle favorable dans la prévention des maladies cardio-vasculaires

Les scientifiques pensent qu’ils agissent par inhibition partielle de l’absorption intestinale du cholestérol (une action qui pourrait être renforcée par la présence des glucides et de fibres solubles). 

Ils renforceraient aussi la résistance des parois des petits vaisseaux sanguins, les capillaires, et facilitent également la fluidité du sang en s’opposant à l’agrégation plaquettaire.

Ces flavonoïdes sont également reconnus pour leur rôle antioxydant, qui leur donne un effet « anti-radicaux libres » très efficace. 

Antioxydant, radicaux libres : voilà des termes que l’on entend souvent, mais c’est l’occasion de préciser (simplement) en quelques lignes de quoi il s’agit. 

Célibataire cherchant à se caser…à tout prix !

Le radical libre est un atome ou une molécule qui possède un électron « célibataire », ce qui le rend instable. 

Le radical libre va donc tenter de se stabiliser au détriment d’une molécule voisine. 

À son tour, celle-ci se transforme en radical libre… et ainsi de suite. Le phénomène se propage en une véritable réaction en chaîne. 

C’est le stress oxydatif, un état au cœur de l’inflammation chronique.

Comme l’explique le neurologue américain David Perlmutter, « lors d’un stress oxydatif, les radicaux libres s’attaquent aux cellules de l’organisme comme la rouille s’attaque aux métaux »1

Cette corrosion progressive touche tous les tissus de l’organisme : 

« Elle se produit également lorsque l’organisme transforme les calories fournies par les aliments et l’oxygène procuré par l’air en énergie directement utilisable. »

« Or quand cette corrosion échappe à tout contrôle, elle peut devenir mortelle ». 

En 1956, le Dr Harman, de l’Université de Californie, a montré que l’action des radicaux libres pouvait être neutralisée par les antioxydants2

En 1972, il a également démontré que les mitochondries, les centrales énergétiques des cellules qui produisent la majorité des radicaux libres, étaient elles aussi victimes des dommages causés par ces substances. 

Et que « lorsque la fonction mitochondriale est compromise du fait de ces dommages, les cellules vieillissent ». 

Avec des conséquences graves. 

Ainsi, en 2007, l’équipe du Dr Markesbery, de l’Université du Kentucky, a montré que les dommages oxydatifs « comptent parmi les premiers événements qui conduisent à l’apparition et au développement de la maladie d’Alzheimer, et que c’est sur ces dommages qu’il faut agir pour ralentir la progression de la maladie, voire EMPECHER qu’elle ne se déclare ! 3 ».  

C’est le petit pimousse des fruits !

Un défi sérieux donc, que relève notre sympathique mûre, véritable Petit Pimousse des antioxydants (vous vous souvenez : « petit…mais costaud ! »)

D’autant qu’elle renferme aussi d’autres substances protectrices

La vitamine C et la vitamine E, qui ont une forte activité anti-oxydante, les fibres (6,6 g de fibres pour 100 g de mûres), ainsi que le potassium et le magnésium, ont également de nombreux effets bénéfiques, notamment là encore pour la santé cardio-vasculaire.

Ensuite, la mûre partage avec le raisin, chocolat noir, ou les baies, un point commun intéressant : sa richesse en resvératrol, un composé antioxydant. 

Le Dr David Sinclair, de l’Université de Harvard, a montré que le resvératrol active des enzymes appelés « sirtuines », qui pourraient allonger l’espérance de vie4.

Le resvératrol ralentit le processus du vieillissement, stimule l’afflux sanguin jusqu’au cerveau  protège le cœur, et limite la prolifération des adipocytes (cellules qui ont pour fonction de stocker les graisses). 

En 2010, des chercheurs de l’université de Northumbria, en Angleterre, ont publié une étude montrant les effets bénéfiques du resvératrol sur les fonctions cérébrales

Après avoir prescrit à 24 étudiants une supplémentation en resvératrol, ils ont noté une nette augmentation de l’afflux de sang dans le cerveau tandis que les jeunes gens fournissaient un travail intellectuel. 

Plus la réflexion demandée était difficile, plus les effets du resvératrol étaient significatifs. 

La dose recommandée par le Dr David Perlmutter est de 4,9 mg par jour. 

Dans une autre étude intéressante (mais cette fois, sur des souris), des chercheurs ont constaté que le resvératrol entraine des changements dans les populations de bactéries intestinales : moins de Prevotella, plus de Bacteroides, de Lactobacillus, de Bifidobacterium et d’Akkermansia… 

Une évolution qui bloque la production d’un composé qui contribue à boucher les vaisseaux sanguins5

Chez l’Homme, plus d’une dizaine d’études ont démontré l’utilité du resvératrol sur la glycémie sanguine (en particulier lorsqu’il est pris avec les médicaments classiques), la perte de graisses corporelles, la baisse des niveaux de cholestérol et de triglycérides6 7 8 9 10.

La mûre est enfant de bohème 

Pour rappel, la saison des mûres s’étend de juillet à octobre. 

On peut les cueillir sur le mûrier, ou plus « courageusement », directement dans les ronces. 

C’est personnellement ce que je préfère, partir en promenade familiale dans le marais vendéen, mener le combat contre les épines et mériter chacune des mûres que l’on repose dans son panier. 

A chaque fois je me dis qu’il y en aura assez pour faire des tartes au retour.  

Mais arrivé à la maison, c’est toujours la même chose : soi disant personne n’en a mangé, mais le panier est toujours vide ! 

Enfant de bohème, la mûre, on vous dit…

Santé ! 

Gabriel Combris 

Sources : 

[1] Dr David Perlutter, Ces glucides qui menacent notre cerveau, Poche Marabout.

[2] https://www.lanutrition.fr/bien-dans-sa-sante/les-complements-alimentaires/les-principaux-complements-alimentaires/les-complements-anti-oxydants/denham-harman-qles-antioxydants-pour-allonger-la-vieq

[3] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17620484

[4] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20357044

[5] Ming-liang Chen et al. Resveratrol Attenuates Trimethylamine-N-Oxide (TMAO)-Induced Atherosclerosis by Regulating TMAO Synthesis and Bile Acid Metabolism via Remodeling of the Gut Microbiota. mBio, April 2016 DOI: 10.1128/mBio.02210-15.

[6] Sahebkar A. Effects of resveratrol supplementation on plasma lipids: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Nutr Rev. 2013 Dec;71(12):822-35.

[7] Timmers S, Konings E, Bilet L, Houtkooper RH, van de Weijer T, Goossens GH, Hoeks J, van der Krieken S, Ryu D, Kersten S, Moonen-Kornips E, Hesselink MK, Kunz I, Schrauwen-Hinderling VB, Blaak EE, Auwerx J, Schrauwen P. Calorie restriction-like effects of 30 days of resveratrol supplementation on energy metabolism and metabolic profile in obese humans. Cell Metab. 2011 Nov 2;14(5):612-22.

[8] Brasnyó P, Molnár GA, Mohás M, Markó L, Laczy B, Cseh J, Mikolás E, Szijártó IA, Mérei A, Halmai R, Mészáros LG, Sümegi B, Wittmann I. Resveratrol improves insulin sensitivity, reduces oxidative stress and activates the Akt pathway in type 2 diabetic patients. Br J Nutr. 2011 Aug;106(3):383-9.

[9] Crandall JP, Oram V, Trandafirescu G, Reid M, Kishore P, Hawkins M, Cohen HW, Barzilai N. Pilot study of resveratrol in older adults with impaired glucose tolerance. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2012 Dec;67(12):1307-12.

[10] Bhatt JK, Thomas S, Nanjan MJ. Resveratrol supplementation improves glycemic control in type 2 diabetes mellitus. Nutr Res. 2012 Jul;32(7):537-41.