Chère lectrice, cher lecteur

Pour nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, le sucre était un plaisir intense et rare, dont les seules sources disponibles étaient les fruits et le miel.

Pour goûter le sucre, il fallait donc « cueillir » les fruits, souvent en hauteur, à certains moments de l’année seulement, ou convaincre les abeilles de vous laisser prélever leur production.

Pour le dire simplement, le sucre, ça se méritait.

Et on peut se demander si la Nature a rendu l’accès au sucre difficile…par hasard ?

En tout cas, comme l’explique le Dr Robert Lustig[1], pédiatre et endocrinologue spécialisé dans l’obésité infantile, l’homme, contrairement à la nature, « a tout fait pour que le sucre soit désormais à portée de la main… ».

On voit aujourd’hui les ravages causés par cette nouvelle proximité

C’est en (grande) partie à cause du sucre que votre tour de taille augmente, que vous avez du mal à contrôler votre glycémie, que l’obésité explose, comme le diabète ou la résistance à l’insuline.

Ce qu’on sait moins, en revanche, c’est que le sucre peut aussi prendre le contrôle de notre cerveau !

Conseil pas si farfelu aux équipages de BAC (Brigades anti criminalité)

En « pervertissant » l’équilibre à l’intérieur du cerveau entre la noradrénaline (éveil, excitation) et la sérotonine (inhibition, sommeil), le sucre ouvre la porte à des comportements…terrifiants :

Le criminologue Stephen Schoenthaler a ainsi démontré sur des populations délinquantes que la réduction des sucres rapides réduisait les comportements violents.

Dans une de ses études, la réduction des aliments et boissons sucrés chez des détenus d’un centre de détention juvénile a entraîné une baisse des violences de près de 50 %, les tentatives d’évasion de 84 %, et la dégradation de biens, et les vols ont diminué de 51 %.[2]

Dans une autre étude, les agressions ont diminué de 82 %, les vols de 77%, les infractions au règlement de 23 %, et les bagarres de 13 % sur sept mois…

Le sucre, « responsable de la délinquance des jeunes »…Eh ben voilà autre chose, Combris !!! Vous voulez peut-être qu’on ajoute un manuel de nutrition dans l’attirail des brigades-anti-criminalité, entre les menottes et le taser ?

Je sais que ça paraît incroyable…C’est pourtant la réalité ! Le sucre peut modifier significativement notre comportement.

Et ce n’est pas le seul sabotage auquel il se livre.

En concentration élevée, le sucre agglutine la surface des neurones, ce qui active le système immunitaire et induit une inflammation chronique dans le cerveau :

« C’est plus particulièrement le cas du sucre raffiné et du sirop de glucose-fructose (qu’on trouve dans les plats industriels et les boissons sucrées), qui désactivent à long terme non seulement le récepteur de l’insuline des cellules graisseuses, ce qui conduit à un diabète de type 2, mais aussi celui des neurones de l’hippocampe » [3].

Une carence en acides gras oméga-3 accroît cet effet nocif pour la santé.

Et voilà comment le sucre sabote nos capacités de mémoire et d’apprentissage, y compris chez les enfants.

Ce qui est franchement SCANDALEUX lorsqu’on sait qu’aujourd’hui, l’ANSES – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation – estime que 75 % des 4-7 ans et 60 % des 8-12 ans consomment « trop de sucres[4] » !!

Un « truc » que les chasseurs-cueilleurs n’avaient pas

Maintenant la question est bien sûr : comment en est-on arrivé là ?

Peut-être parce qu’il y a un autre « truc » que nos ancêtres-chasseurs cueilleurs n’avaient pas : le lobby du sucre.

Il faut en effet savoir qu’en France, la société Coca-Cola par exemple, finance en toute légalité la Fédération Française des Diabétiques à hauteur de 300 000 euros[5].

Ou que le CREDOC – Centre de recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie – qui concluait dans une étude que « les Français les mieux hydratés sont ceux qui varient et boivent autre chose que de l’eau » touche lui aussi un beau billet du roi de la canette (85 000 euros)…   

Il faut savoir aussi qu’il n’y a pas si longtemps (jusqu’en 2016), c’est le CEDUS – Centre d’études et de documentation du sucre, le lobby du sucre – qui était mandaté par l’Education nationale pour faire l’éducation nutritionnelle des enfants…

Bref, le chasseur-cueilleur avait ses ennuis, et nous on a les lobbies.

Réduire d’urgence la consommation de sucre

Ce que l’on constate pourtant lorsqu’on diminue la consommation de sucres rapides a de quoi faire sérieusement réfléchir :

Dans une école danoise par exemple, l’alimentation a été modifiée chez les enfants rencontrant des difficultés scolaires : adieu barres sucrées et boissons gazeuses et bonjour glucides lents (légumes secs, céréales complètes, patates douces, manioc, courges, châtaignes, etc),

Résultat : moins de conflits, moins d’absences pour maladie,  et… de meilleurs résultats scolaires.

Et consommer moins de sucre, c’est bénéfique aussi si vous n’allez plus à l’école depuis longtemps.

Réduire votre consommation de sucre et de féculents (glucides) est l’une des meilleures protections contre l’hypertension artérielle.

D’abord parce c’est le meilleur moyen de maigrir – et qu’on sait que chaque kilo en moins fait naturellement baisser votre tension[6].

Ensuite, d’autres études ont également montré un lien direct entre la réduction de la consommation de boissons sucrées et une baisse importante de la tension artérielle[7].

Même chose avec le fructose ajouté dans les aliments industriels, qui augmente la tension.

Quant aux féculents à indice glycémique élevé (pommes de terre, pain) il est également bénéfique de les réduire drastiquement :

Une étude récente parue dans le British Medical Journal a montré qu’il suffisait de manger plusieurs portions de pommes de terre par semaine pour voir sa tension artérielle augmenter en flèche[8].

La même étude a montré qu’il suffisait, pour faire baisser la tension, de remplacer une portion de pomme de terre par une portion de légumes.

Mais ce qu’on commence aujourd’hui à observer, c’est que ces sucres rapides sont aussi une cause majeure de…cancer !

Le journaliste Xavier Bazin n’y va pas avec le dos de la cuillère : d’après lui, le sucre serait « aussi dangereux pour vos poumons que la cigarette ! »[9]

Et le pire, c’est qu’il a RAISON ! :

Dans une étude publiée début 2016, des chercheurs ont découvert que consommer des aliments à indice glycémique élevé augmente de 49 % le risque de cancer du poumon !!

Parmi les patients, ceux qui consommaient le plus de sucres rapides avaient même deux fois plus de risque d’avoir un cancer du poumon que ceux qui en consommaient le moins… y compris s’ils étaient non fumeurs !

Et ce n’est pas une petite étude dans son coin

Le cancer ADORE le sucre

En 2016, des chercheurs ont découvert que les hommes ont trois fois plus de risque de cancer de la prostate s’ils consomment beaucoup de boissons sucrées.

Risque qui est presque doublé lorsqu’ils consomment des aliments à index glycémique élevé, type pizzas ou sandwichs…[10]

A l’inverse, les femmes qui privilégient les aliments à indice glycémique bas (céréales complètes, lentilles, fruits frais) ont 67 % de risque en moins de contracter un cancer du sein.

Bien sûr, il s’agit là d’études d’observation, mais d’autres recherches montrent un lien direct cette fois entre sucre et cancer :

Des chercheurs texans ont sélectionné des souris prédisposées génétiquement au cancer du sein et leur ont donné des doses de sucre comparables à ce que les Occidentaux avalent tous les jours[11].

Au bout de 6 mois seulement, les souris qui avaient suivi ce régime enrichi en sucre blanc (saccharose) avaient presque deux fois plus de tumeurs que les autres. Et plus le régime était riche en sucre, plus les tumeurs grandissaient rapidement !

N’en déplaise à la mafia du sucre qui nous cible du berceau jusqu’à la tombe, l’’augmentation massive de notre consommation de sucre depuis 40 ans est donc sans aucun doute une des causes majeures de la hausse des cancers sur la même période.

Rien qu’en France, le nombre de nouveaux cancers a doublé entre 1980 et 2012, et cela malgré 15 milliards dépensés contre le cancer par an dans le cadre des 3 « plans anticancer »[12].

Tiens, si on faisait un nouveau plan anticancer ?

Le plus affligeant est que certains de nos responsables semblent se résoudre à cette situation.

Ainsi, le généticien Axel Kahn, nouveau président de la Ligue Nationale contre le Cancer, affirme qu’ « une personne sur deux qui naît aujourd’hui sera au cours de sa vie atteinte d’un cancer»[13].

Mais face à cela, sa solution est de … « lancer un quatrième plan cancer. »

Mais la vérité, c’est que le vrai plan anticancer efficace…c’est VOUS !

Retenez un seul chiffre. Difficile de faire plus officiel, c’est celui que nous donne le Ministère de la Santé :

40% des cancers pourraient être évités « si nous changeons nos comportements quotidiens »[14] !C’est presque un sur deux. C’est phénoménal !

Et cela ne repose pas sur les milliards d’un énième « plan ». Cela repose sur chacun de nous :

  • Consommer des glucides lents, remplacer le snack par des amandes, se régaler de chocolat noir, etc. c’est réduire sa dépendance au sucre, mais aussi son risque de cancer, son risque cardiovasculaire, d’hypertension, de diabète, de surpoids ou de dépression.
  • Faire de l’exercice physique 30 minutes par jour, apprendre à mieux maîtriser ses pulsions (par la méditation, la respiration, ou la supplémentation – magnésium et vitamines B – etc.),
  • Chercher dans sa vie un but, un sens, et trouver sa réalisation dans de multiples dimensions : sociales, culturelles, amoureuses, artistiques, spirituelles, etc.

Voilà des pistes qui, je crois, mériteraient d’être envisagées tôt.

Très tôt…

Pour cultiver dès le plus jeune âge un mode de vie qui préserve de la maladie, et qui ne consiste pas seulement à réagir quand les problèmes sont là…

Et si vous-même avez connu « l’addiction au sucre », partagez votre expérience : comment vous l’avez vécu, quelles ont été les conséquences, et comment vous avez, peut-être, réussi à vous en débarrasser.

Santé !

Gabriel Combris

 

Sources :

[1] Auteur de « Sucre, l’amère vérité »

[2] https://drcarolyndean.com/2018/02/diet-and-drugs-are-the-problem-not-guns/

[3] Dr. Michael Nehls, « Guérir Alzheimer ».

[4] http://www.leparisien.fr/societe/l-anses-met-en-garde-contre-la-consommation-de-sucre-des-enfants-25-06-2019-8102379.php

[5] https://www.foodwatch.org/fr/s-informer/topics/des-ruses-legales/dernieres-actus/coca-cola-france-finance-la-science-pour-mieux-vendre-ses-sodas/

[6] Sel, potassium et contrôle de la pression artérielle, décembre 2006. European Food Information Council.

[7] Reducing consumption of sugar-sweetened beverages is associated with reduced blood pressure: a prospective study among United States adults, Chen L and al. (2010). Circulation.

[8]

[9] https://www.sante-corps-esprit.com/sucre-cancer/

[10] Nour Makarem, Ph.D. student, nutrition, New York University, New York City; Marji McCullough, Sc.D., R.D., strategic director, nutritional epidemiology, American Cancer Society, Atlanta; America Beverage Association, statement, April 5, 2016; abstract, April 5, 2016, presentation, American Society for Nutrition’s Experimental Biology meeting, San Diego

[11] Cancer Research Dec, 2015 doi: 10.1158/1538-7445.AM2015-3735 Dietary sugar induces tumorigenesis in mammary gland partially through 12 lipoxygenase pathway

[12] http://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/cnamts_rapport_charges_produits_2016.pdf

[13] https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/8h30-fauvelle-dely/un-enfant-sur-deux-ne-recemment-sera-dans-sa-vie-atteint-du-cancer-predit-axel-kahn_3494827.html

[14] https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/0211308555585-40-des-cancers-pourraient-etre-evites-2028718.php