Chère lectrice, cher lecteur,

L’aventure…

Ce souffle chaud qui vient vous réveiller l’âme.

Vous fermez les yeux, et bim ! Vous voilà à dos de cheval dans les grandes steppes mongoles…ou la machette à la main, à progresser en tête de section dans la forêt équatoriale.

Votre vision s’allonge, vos sens s’aiguisent, votre ambition explose.

L’aventure…

C’est le monde en grand, en immense, qui ouvre sur le ciel et l’univers entier.

Finie, la vie aseptisée, où vous étouffiez sous les lois et les règlements, les interdits, les obligations, les sanctions et les prudences !

Balayée, la bureaucratie qui prétend nous contrôler, nous soigner, nous faire signer des assurances et des crédits à la consommation.

Ecrasés la médiocrité, la comptabilité, l’esprit d’épargne et de demi-mesure.

L’aventure…

Mais pourquoi est-ce que je vous parle de ça ???

Nous sommes dans une lettre de santé, pas dans un bureau de recrutement pour la légion étrangère.

Justement…

Regardez la consommation d’antidépresseurs, d’anxiolytiques, de somnifères.

Regardez la malbouffe, l’obésité, la dépression, l’angoisse.

Est-ce la vie que nous voulons ?

Cette société qui fixe la consommation et la croissance du PNB (Produit National Brut) comme horizons indépassables ?

Qui humilie la nature, maltraite notre santé, rabaisse nos rêves au rang de slogans publicitaires.

NON !!! TROIS FOIS NON ! Je crois que chaque être humain aspire à autre chose :

A la VIE, à l’aventure, au défi, au dépassement de soi et non à la compétition…

Mais où ? Comment ?

Je n’ai évidemment pas la réponse absolue à cette question, mais pour contribuer au débat, disons que je vous proposerais de suivre ce conseil du grand…Arsène Lupin :

« La vie, nous dit-il, c’est quand on sait regarder et rechercher. »

« L’aventure est partout, au fond de la chaumière la plus misérable, sous le masque de l’homme le plus sage. »

« Partout si on le veut, il y a prétexte à s’émouvoir, à faire le bien, à sauver une victime, à mettre fin à un injustice . »

Partout, et notamment dans la Nature.

Il suffit d’ouvrir les yeux.

De regarder.

Alors j’invite les belles consciences du temps, philosophes, intellectuels, grandes « plumes », prophètes et témoins qui éclairent notre lanterne depuis leurs plateaux de TV, à la mettre en veilleuse deux secondes et à porter leur regard sur le fabuleux monde qui est là, juste sous leurs yeux.

L’aventure de la vie y est incroyablement condensée.

Regardez la grassette commune, par exemple, et sa feuille légèrement incurvée, un peu en forme de cuillère…

Ce n’est pas du tout un hasard.

Dès qu’un insecte se pose et se prend à la surface gluante de cette feuille, celle-ci se reploie, à partir de son bord, sur la victime, formant une cavité momentanée, un « pli digestif »2.

Vous commencez à comprendre, n’est-ce pas ? C’est un PIEGE.

Le pauvre moucheron croyait s’offrir une pause tranquille…

ERREUR !

Il a atterri au beau milieu d’un…estomac.

Un estomac qui n’a aucune intention de le laisser partir.

L’insecte est avalé grâce à un liquide digestif, puis cet estomac provisoire, maintenant rassasié, se déploie à nouveau et la feuille s’aplanit…prête à accueillir le prochain moucheron.

Le terrifiant Mr Hyde a repris l’apparence du bon Dr Jekyll…

Lui, il ferait même peur à Stephen King

Dans le genre machiavélique, nous avons aussi le drosera.

L’herbaliste Pierre Lieutaghi en fait une description…terrifiante !

« Observez attentivement une feuille :

« Vous serez d’abord frappé par son aspect presque animal : les cils rougeâtres qui la bordent et la parsèment ressemblent davantage aux tentacules d’un monstre marin vêtu de perles qu’aux poils d’une herbe innocente ».

« Attirés sans doute par ces pierreries, les insectes viennent se poser sur les feuilles. »

Ensuite, c’est le même scénario qu’avec la grassette :

« Peu à peu les cils extérieurs se replient, se rabattent sur la proie ; les glandes-pièges deviennent digestives, secrètent des sucs où la chimie a reconnu des diastases analogues à celles de nos sucs gastriques puis, quand leur travail de dissolution est accompli, elles se font absorbantes, et la plante se nourrit du cadavre de la bête »3.

Et avec ça, Combris vous parle d’une merveilleuse nature ?

Eh oui…car cet effroyable drosera est AUSSI celui qu’on utilise en teinture comme antispasmodique, dans certaines affections respiratoires : coqueluche, quinte de toux, bronchites, asthme.

Ou que l’homéopathie conseille en cas de tuberculose pulmonaire.

Comme il y a le jour et la nuit, le bien et le mal, il y a la plante qui tue et celle qui guérit.

Devant tant de mystère, est-ce folie que de dire que nous sommes en relation magique avec la Nature, mais que nous l’avons peut-être oublié ?

Est-ce insensé de croire que la vie de ces plantes, de ces fleurs, de ces arbres, parlent aussi de la nôtre ?

Allumeuse et sainte-n’y touche…à la fois !

Regardez la consoude, une « séductrice » dont les fleurs attirent furieusement de nombreuses abeilles et insectes.

Savez-vous ce qu’elle a imaginé pour ne pas se faire « déflorer » trop vite ?

Il se trouve que les jeunes fleurs de consoude sont roses, une couleur invisible pour les abeilles, qui passent à côté de la plante sans la déranger.

Mais lorsqu’elles sont à maturité, c’est la stratégie inverse : portes ouvertes !

Pour attirer les visiteurs, la plante change de « robe »…

Ses fleurs deviennent bleues, une couleur qui attire les abeilles et les insectes, pour que la pollinisation soit possible. Magistral !

« La fleur donne à l’homme un prodigieux exemple d’insoumission, de courage, de persévérance et d’ingéniosité » écrivait au début du siècle dernier Maurice Maeterlinck, grand observateur du génie des plantes.

La preuve ?

« Prenons l’exemple des plantes aquatiques, habitantes des vases et des boues, chez qui s’opèrent pour transmettre la vie des mécanismes d’une ingéniosité proprement hallucinante.

« Comme la fécondation ne peut se faire sous l’eau, certaines ont en effet imaginé des systèmes pour que le pollen se dissémine… à sec ! »

« Ainsi les Zostères (des plantes aquatiques) renferment soigneusement leur fleur dans une véritable cloche à plongeurs, une sorte de scaphandre ; les nénuphars envoient leur fleur s’épanouir à la surface de l’étang, l’y maintiennent et l’y nourrissent sur un interminable pédoncule qui s’allonge dès que le niveau de l’eau s’élève. »

« La macre les équipe pour sa part d’une sorte de vessie gonflée d’air ; elles montent, s’ouvrent puis, la fécondation accomplie, l’air de la vessie est remplacé par un liquide mucilagineux plus lourd que l’eau, et tout l’appareil descend dans la vase où muriront les fruits. »

« Voilà ce que les plantes ont inventé : le jeu des valves et des soupapes, le principe d’Archimède avant qu’Archimède ne fût de ce monde ! »4

Et dire que sur BFM TV, ils en sont encore à commenter l’actualité du gouvernement…

Plus sérieusement, lorsqu’on regarde vraiment la Nature, comment ne pas se demander si tant d’intelligence, tant de génie, est réellement le fruit du hasard ?

S’il n’y a pas derrière ces mécanismes de vie si bien pensés, si parfaitement organisés, une intention ?

Immense question, que nous posent les petites plantes de nos mares et de nos jardins.

A défaut d’y répondre, je trouve en tout cas que nous avons beaucoup de chance d’assister à tant de merveilles. Et je suis convaincu que c’est excellent pour la santé.

Il suffit de regarder, comme dit Arsène Lupin.

Et vous, vous êtes d’accord avec lui ? Dites-le moi ici.

Santé !

Gabriel Combris

 

Sources :
1 – Maurice Leblanc, Les huit coups de l’horloge.
2 – Wilhelm Pelikan, L’homme et les plantes médicinales, p.140.
3 – Pierre Lieutaghi, Le Livre des bonnes herbes, Robert Morel éditeur.
4 – Maurice Maeterlinck, L’intelligence des Fleurs.