PERDRE son temps…et si c’était la bonne solution ?

Chère lectrice, cher lecteur,

La joie

« On est dans la joie quand tous les gestes habituels sont des gestes de joie, quand c’est une joie de travailler pour sa nourriture. »

« Quand on est dans une nature qu’on apprécie et qu’on aime, quand chaque jour, à tous les moments, à toutes les minutes, tout est facile et paisible. »

 « Quand tout ce qu’on désire est là ».

En lisant ce passage du livre « Que ma joie demeure » de Jean Giono, je repense à un homme.

Un paysan de rien, sans un bout de terre, qui ne se louait même pas pour cultiver celle des autres.

Non, la terre, lui, il se contentait…de la regarder… !

Il ne l’a jamais su, mais par sa joie à simplement être là, à voir et à admirer la Nature, il a contribué à soigner…des milliers de malades !

Comment ?

Je vous propose de lire le récit de quelqu’un qui a très bien connu cet homme :

Il ne faisait RIEN…

« La terre était son livre de la science du bien et du mal ! »

« Il passait des heures à l’apprendre. »

« Il ne faisait rien. Il passait sa vie à contempler, à observer, à regarder et on le prenait pour un paresseux. »

« Moi, cinquante ans plus tard, je le prends pour un sage. »

« Pour lui, la chélidoine était « l’herbe aux hirondelles ». Personne ne l’a jamais employée comme lui. En usage externe on se sert de son suc sur les verrues, comme anti-ophtalmique et sur les tumeurs scrofuleuses, les ulcères sordides scorbutiques et atoniques.

« Il racontait qu’il avait découvert une des vertus de cette plante en observant un nid d’hirondelles sous le toit de la maison.

– Je voyais la mère qui apportait un brin de chélidoine à son nid. Ce n’était pas pour le donner à manger à ses petits, alors pourquoi ? »

« A force de patience il a fini par comprendre. L’hirondelle tenait dans son bec la plante et la frottait contre la tête d’un petit, toujours le même, celui dont les yeux restés fermés. Quand ils se sont enfin ouverts, l’hirondelle n’a plus apporté de chélidoine. »

« Ce qui étonnait le plus les gens, c’était sa manière de vivre, on disait : « Ey a leu tens » – Lui, il a le temps ! »

…Et le pire, c’est qu’il avait RAISON !

« Je le revois encore à plat ventre dans les prés, à l’orée du bois, passant des heures à regarder les lapins, les lièvres qui n’avaient pas peur de lui. Il disait :

« Ce n’est pas en courant dans tous les sens, sur tous les chemins, qu’on apprend la vie. C’est en la regardant et eux, ils en savent plus que nous…Ils connaissent les plantes, ils connaissent les herbes, les bonnes et les mauvaises, ils savent comment se nourrir avec, comment se soigner… »

« Il avait raison. »

« Un animal sauvage vivant en liberté ne s’empoisonne pas, il fait son choix. C’est un instinct qu’ils perdent quand ils sont domestiqués, qu’on leur apporte de la nourriture, qu’ils n’ont plus à la chercher, à la défendre et qu’on appelle le vétérinaire quand ils sont malades. Un lapin en clapier ne distingue plus les dangers du mouron rouge et il en crève, un chat en appartement mange du muguet qui est très dangereux pour lui. »

« Je trouvais tout ça très simple. Trente ans plus tard, j’ai compris que derrière cette simplicité se cachait la sagesse, celle que donne la connaissance[1]. »

Celui qui raconte cette histoire merveilleuse s’appelle Maurice Mességué.

Il a été l’un des plus grands herboristes Français jusqu’à sa mort, en 2017.

Et s’il a pu acquérir son immense connaissance des plantes, s’il a pu les assembler dans des remèdes qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier, c’est grâce à son père, ce paysan qui se contentait d’observer la nature.

Ainsi cet homme qui ne « faisait rien », en apparence, a planté une graine dont le fruit jaillirait des décennies plus tard, pour le bénéfice de milliers de malades !

Une belle leçon sur le temps, sur l’esprit d’immédiateté, la volonté communément partagée aujourd’hui de transformer tout, tout de suite, de peser sur le cours des choses et des êtres.

Mais la Nature, la Vie, la Santé exigent l’inverse : du temps.

Un autre immense écrivain, Georges Bernanos, prophétisait déjà en son temps que l’Etat n’aurait à l’avenir qu’un seul ennemi : « l’homme qui a du temps à perdre »[1].

Ce « secret » là, les vrais herboristes le connaissent et le mettent en œuvre tous les jours, eux qui cherchent à soigner le terrain plutôt que seulement le symptôme.

Est-ce pour cela qu’on les persécute[2], qu’on les condamne, qu’on leur interdit de mentionner les propriétés médicinales de leurs plantes, de dire que le fenouil aide à la digestion, que le thym soulage la bronchite ou que la camomille aide à s’endormir.

Est-ce parce qu’ils osent « perdre leur temps », eux qui n’ont pas oublié que les hommes sont en relation magique avec l’Univers…

…Que les étoiles dans leur course, comme dit l’Antique loi chinoise, combattent pour l’homme juste.  

Et nous, dans nos sociétés si pressées, comment avons-nous pu effacer si vite ce lien de toujours ?

A quoi servent les plantes ?

Il n’y a pas si longtemps, on plantait un arbre à chaque naissance, à chaque enfant, en guise de fête. Et l’on se racontait cela de génération en génération. Ainsi la Nature était bien…de votre famille !

« Lorsque l’orage venait à abattre quelque vieux barbu de la forêt, c’était la consternation de perdre un ami »[3].

Aujourd’hui, on abat les arbres sans un soupir. En dix minutes avec une belle tronçonneuse, on règle son compte à un arbre qui a mis cinquante ans à pousser.

Et ce n’est encore pas assez, on en veut plus :

Pétition déboisement

C’est comme si l’homme avait oublié que les arbres servent à quelque chose dans la Nature.

A respirer, à faire de l’ombre, à protéger du vent.

Et puis ce sont des alchimistes, les arbres.

Ils combinent la molécule de CO2 prélevée dans l’air par les feuilles à la molécule d’eau absorbée par les racines pour élaborer la matière végétale grâce à l’énergie du rayonnement solaire captée par la chlorohylle.

Ce n’est pas de l’art, ça ?

L’homme, lui, coupe et pense après.

Il rase. Au nom du progrès, bien sûr !

Le club étonnant des personnes pour qui la santé des mûres est plus importante que le haut débit

Le Dr Leclerc, célèbre auteur d’un Précis de Phytothérapie qui est aujourd’hui encore considéré comme une des principales références sur les plantes médicinales, ironisait en son temps sur le mépris de ses confrères envers ce qui leur paraissait trop simple :

« Comment concilier la science avec des pratiques à la portée du premier rustaud venu ?

 « Quel crédit pouvoir accorder à des herbes qu’on foule aux pieds, dont toutes les commères savent les noms et prônent les vertus ? »

Rien n’a vraiment changé, si ?

Et sous prétexte de ne plus « vivre comme au Moyen-âge », faudra-t-il un jour arrêter de cueillir les « simples », ces plantes médicinales qu’on trouve au détour des champs ?

Voilà pourquoi la bataille pour les plantes est une bataille pour notre avenir.

Alors revenir à l’ère de la cueillette…Eh bien pourquoi pas ?

Car c’est est la vie qu’on cueille avec les plantes médicinales.

Et vous allez peut-être me prendre pour un fou, mais je crois que l’ortie, la sauge, la sarriette, le plantain, etc. ont toutes des secrets fabuleux à raconter.

Elles les réservent seulement à ceux qui ont décidé de perdre (un peu) de leur temps.

Cette catégorie de personnes que l’on croise encore, dans une herboristerie, dans un congrès ou au détour d’un sentier, pour qui « la santé des prunes est plus importante que le haut débit »[1].

Je vous les présenterai dans de prochaines lettres. Mais je sais déjà qu’ils vont vous plaire.

Santé !

Gabriel Combris

Sources:

[1] Maurice Mésségué, Des hommes et des plantes

[2] Georges Bernanos. La France contre les Robots, Le Castor Astral.

[3] http://reseauinternational.net/paris-un-celebre-herboriste-condamne-pour-exercice-illegal-de-la-pharmacie/

[4] Maurice Mésségué, Réapprenons à aimer, J’ai Lu.