Chère lectrice, cher lecteur,

J’aimerais partager avec vous ce petit « bijou » d’avis médical, repéré sur le site de l’AIMSIB (Association Internationale pour une Médecine Scientifique, Indépendante et Bienveillante) [1] :

« Pas de contre-indication aux travaux exposant à l’inhalation des poussières d’amiante » !!!

Voilà comment un médecin, en 1981, a tranquillement envoyé un de ses patients inhaler de l’amiante, un matériau responsable de 80% des cancers de la plèvre (mésothéliomes), mais aussi facteurs de nombreux autres cancers (poumon, larynx, pharynx, estomac, colon, ovaires) et d’autres pathologies non cancéreuses, dont une dépression immunitaire et une fibrose pulmonaire (asbestose) menant à une insuffisance respiratoire.

Evidemment la question qui se pose est : ce médecin savait-il ce qu’il faisait, au moment de signer son avis ?

Je ne peux pas l’affirmer.

Mais voici en tout cas ce qu’il aurait pu savoir, en faisant l’effort de s’informer : 

  • Dès 1898, en Angleterre, un inspecteur en chef des usines écrit dans son rapport annuel que les risques de l’amiante pour la santé sont « aisément démontrés ».
  • En 1906, à Caen, l’inspecteur du travail Denis Auribault écrit un rapport pour dénoncer la forte mortalité des ouvriers dans les filatures et dans les usines de tissage d’amiante : « Les travailleurs de l’amiante sont exposés à l’action pernicieuse des poussières ».
  • En 1919, les compagnies d’assurances américaines et anglaises suppriment leurs garanties pour les entreprises fabriquant des matériaux contenant de l’amiante…(Petit détail en passant, c’est exactement ce qu’elles ont fait récemment avec les risques liés aux ondes électromagnétiques…)
  • En 1945 : un tableau de maladies professionnelles dues à l’amiante est créé.
  • En 1965, on recense une premier cas en France de mésothéliome (dont la seule cause connue est l’amiante). Les importations massives d’amiante continuent néanmoins durant trente ans encore (pour un total équivalant à 80 kg par habitant).
  • 1975 : les journaux télévisés informent du risque de cancer lié à l’amiante, et du risque de décès.
  • 1976 : une conférence du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe l’amiante comme « cancérigène avéré » pour l’homme. A-vé-ré.
  • En 1977, le professeur Jean Bignon, pneumologue reconnu, écrit au premier ministre Raymond Barre : « force est d’admettre que l’amiante est un cancérogène physique dont l’étendue des méfaits chez l’homme est actuellement bien connue » et prédit « des conséquences plus graves sur la santé publique pour les trente années à venir ».
  • Janvier 1978 : le Parlement européen souligne le « caractère cancérigène » de l’amiante dans une résolution.

Voilà ce que notre médecin aurait pu (aurait dû !) découvrir au sujet des poussières d’amiante. En poussant la curiosité un peu plus loin en arrière, il aurait aussi appris que déjà sous l’Antiquité, Pline l’Ancien décrivait les dommages pulmonaires subis par les esclaves chargés du tissage des vêtements en amiante.

Voici votre bon pour un cancer

Mais il n’a rien fait de tout cela.

Il a juste signé son « bon pour le cancer » à un malheureux patient qui lui a certainement dit « Merci, docteur ! ».

Alors certes, tout le monde peut se tromper.

Mais au sujet de notre santé, il semblerait que les personnes autorisées se trompent souvent, par ignorance parfois, par soumission aux lobbys dans d’autres cas – comme dans celui de l’amiante où il faudra attendre 1997 pour que son usage soit interdit en France.

Mais l’aveuglement, la fermeture d’esprit, expliquent aussi ces erreurs colossales.

Comme le résume le cardiologue bruxellois Willy Kostucki, « Vous devez vous lever tôt pour faire changer d’avis un médecin qui a passé entre 7 et 15 ans de sa vie à apprendre par cœur des  milliers de pages et répondre à des milliers de questions à choix multiples dont une seule réponse par question est jugée correcte, sans nuance et sans remise en question possible ».

C’est ainsi que la sacro-sainte « médecine basée sur les preuves » (l’Evidence Based Medecine) met des années, voire des décennies avant de faire machine arrière, et de reconnaître que les fameuses preuves sur lesquelles elle a justement fondé certaines de ses thérapies…n’en étaient pas.  

Qui sont les irresponsables ?

Le journaliste et lanceur d’alerte Thierry Souccar a passé sa carrière entière à démontrer l’absurdité de certaines idées « définitives » et autres certitudes « absolues », dont on voit régulièrement qu’elles conduisent à des catastrophes sanitaires. Son témoignage est éloquent :

« Aujourd’hui cela paraît aller de soi, mais quand j’ai publié un dossier sur le sucre dans Sciences et Avenir dans les années 1990, avec des données inédites sur l’obésité et le diabète, les pouvoirs publics assuraient toujours que l’idée que le sucre fait grossir « est une croyance populaire répandue qui ne repose sur aucune base scientifique ».

« A la suite de mon dossier, des médecins français m’ont écrit pour me dire que je me trompais et que je trompais le public. Tous étaient liés à l’industrie. »

« La même chose s’est reproduite à chaque fois, comme quand j’ai écrit en 1997 que les aliments raffinés nourrissaient l’épidémie de diabète, ou que les crèmes solaires ne prévenaient pas le mélanome, ou encore que l’aluminium était lié à Alzheimer. »

« Vous êtes traité d’irresponsable, d’ennemi de la santé publique. »

Cette agressivité se retrouve aussi dans l’attitude vis-à-vis de nouvelles pratiques thérapeutiques, efficaces elles, mais qui ont le tort de…sortir des clous !  

Le Dr Rueff, spécialiste de médecine anti-âge, en a recensé quelques-unes :

« L’ozonothérapie (cure d’ozone encore largement exercée en Allemagne) a été considérée comme dangereuse puis interdite alors qu’elle représentait un puissant moyen de lutter contre les infections. Elle permettait également à l’organisme d’éliminer les toxiques et d’augmenter ses capacités immunitaires.

« Et que dire des thérapies de chélation par intraveineuses ? Des thérapies par les sons, les couleurs, le mouvement (art thérapie, eurythmie) qui ont conduit bon nombre de médecins devant les tribunaux pour « pratique charlatanesque »…

On pourrait aussi parler de l’homéopathie, au sujet de laquelle les « ayatollahs de la preuve » rabâchent, malgré les témoignages de dizaines de milliers de patients, qu’elle n’est pas digne d’être enseignée à l’Université, et encore moins d’être pratiquée par des personnes portant titre de « médecin ».

Mais pourtant, l’homéopathie, ça marche ? « Peu importe, clament-ils. « Ce n’est pas scien-ti-fique ». 

Même une célébrité de la dimension du Pr Luc Montagnier n’est pas à l’abri de leur vindicte.

Applaudi par tous lors de l’obtention de son Prix Nobel de Médecine, il s’est vu stigmatisé, diffamé, insulté, lorsqu’il s’est intéressé de trop près aux travaux du Dr Jacques Beneviste sur la mémoire de l’eau, théorie qui pourrait donner un début d’explication scientifique au mécanisme d’action de l’homéopathie.

Verdict des bien-pensants : Nous assistons au « lent naufrage scientifique du Professeur Luc Montagnier » [2]… 

« Il est plus facile de désintégrer l’atome qu’un préjugé » écrivait Einstein.

Et cette vérité, aussi regrettable soit elle, a des conséquences dans le rapport que nous devons entretenir au quotidien avec nos médecins et thérapeutes.

Doutez, doutez, il en restera toujours quelque chose !

On peut le résumer simplement : même face à un médecin bardé de diplôme, même devant un grand professeur, il nous faut cultiver le doute (raisonnable). 

En effet, il n’y a quasiment aucun domaine de la pensée, aucun domaine des connaissances en philosophie ou en sciences qui ne peut être discuté, remis en question ou…réfuté. C’est la base même de l’avancement des connaissances. 

Et la médecine ne doit pas échapper à cette règle.

C’est pourquoi le Dr Kostucki, par exemple, encourage ses patients à « demander un second avis ».

« Il est important d’avoir un rétrocontrôle, et un « autre regard » sur la majorité des procédures et traitements engagés, d’autant plus que la plupart des interventions et des traitements ne sont pas dénués de risques, et qu’en plus elles coûtent chers et ont donc un impact direct sur le budget de la santé publique. »

C’est aussi pour ces raisons que les consultations et les bilans réalisés dans le cadre d’une « second opinion » sont remboursés aux Etats-Unis par la majorité des compagnies d’assurances.

Prendre un deuxième, un troisième avis. Très bien…

Mais aussitôt une autre question effleure l’esprit : pourquoi ces avis seraient-ils différents, si les structures mentales des médecins restent les mêmes ?

Pas facile, là non plus de répondre. Et pourtant, il me semble que cette question ouvre une piste essentielle.

On commence à comprendre que, dans tous les cas, la passivité du patient face à l’avis médical…est la laisse qui le tient prisonnier.

Et que pour se libérer, il n’y a qu’une voie possible : la prise de conscience que l’un des premiers médicaments est la connaissance que l’on a de soi-même.

Tout ceci peut paraître un peu abstrait, mais vous allez voir, c’est exactement ce que notre corps nous demande.  

La thérapie SENFR : Soigner en ne faisant…RIEN !

Pour le comprendre, je vous propose de faire un petit saut en arrière et de découvrir les travaux du Dr Isaac Jennings, médecin américain qui exerça dans l’Ohio à la fin du XIXème siècle [3].

Un jour, après vingt ans de pratique « classique », Jennings fut confronté à une rupture de stocks de médicaments. Et il n’eut pas d’autre choix que de conseiller à ses patients de rentrer chez eux, de se reposer, et de boire des tisanes.

Il s’attendit au pire, mais contre toutes les prévisions, le résultat fut excellent. Alors dans un mouvement d’une audace sans pareille, Jennings décida d’expérimenter une nouvelle stratégie de soin : ne rien faire !

Le médecin se mit à distribuer à ses patients des pilules vides, sans principe actif (dummy pill ou placebo) et de simples conseils « de bon sens » : équilibre et sobriété alimentaires, exercice physique, approche spirituelle, importance de la famille et du lien social, etc.

La méthode fonctionna si bien que Jennings continua à soigner ainsi ses malades – sauf bien sûr dans de rares cas où les médicaments étaient indispensables face à l’urgence – pour le restant de sa carrière. Il fût récompensé par un diplôme honoraire de l’Université de Yale « en raison de ses succès nombreux et répétés ». Sans le moindre médicament !

« Il n’existe aucune force de guérison en dehors du corps » disait le Dr Isaac Jennings.

Et comment ne pas lui donner raison lorsqu’on observe aujourd’hui l’impasse dans laquelle les médicaments chimiques, extérieurs au corps, conduisent les malades souffrant de dépression, de diabète, d’Alzheimer, d’arthrose ou de douleurs chronique :

✅ Malgré une consommation record de médicaments (14,4 par jour en moyenne chez les plus de 65 ans !!!) le nombre de cancers décolle, comme celui des maladies chroniques et neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer, sclérose en plaques) ; 

✅ 200 millions (!!) de boîtes d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques distribuées chaque année n’ont aucun effet à long terme sur la diminution de l’angoisse, du stress ou de la dépression ;

✅ Le gavage général d’antibiotiques a créé une antibiorésistance qui pourrait tuer jusqu’à 10 millions de personnes par an d’après l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale). 

Oui, nous sommes dans l’impasse, mais, « ne RIEN faire », vraiment, est-ce une option ?

Notre corps sait se guérir

En tout cas, comme le disait déjà Hippocrate, ne rien faire qui nuise.

Mais éveiller le patient aux équilibres naturels, à sa force intérieure d’auto-guérison. L’accompagner dans la (re)découverte de son corps, de son mode de vie, de son comportement avec les autres et avec lui-même.

Nous avons évoqué les pilules placebo que le Dr Jennings donnait à ses patients. Ce qu’elles montrent, c’est que nous sommes tous capables de synthétiser nous-mêmes une part des « médicaments » dont nous avons besoin.

Car le placebo, ce n’est pas un effet psychologique. Il agit comme un signal pour donner au corps l’ordre de se guérir, en déclenchant la fabrication de ces substances :

  • Antibiotiques, via notre système immunitaire 
  • Antidouleur, via les endorphines que nous fabriquons dans notre cerveau et qui fonctionnent comme la morphine, sans les effets secondaires.

Dans une étude, des chercheurs de l’Université de Californie ont donné des placebos à 40 patients à qui l’on venait d’enlever les dents de sagesse [4].

Les patients, convaincus d’avoir reçu un « vrai » médicament témoignèrent d’une amélioration réelle. Mais les chercheurs leur donnèrent ensuite un antidote à la morphine, appelé naloxone, qui bloque l’action des endorphines. Et alors les patients ressentirent à nouveau la douleur ! Cela démontrait qu’en prenant le placebo, les patients avaient créé leurs propres endorphines.

  • Antidépresseurs, avec l’augmentation significative de l’activité dans le cortex préfrontal, un endroit du cerveau où les patients déprimés connaissent généralement une faible activité ! [5]
  • Etc.

Mais le placebo ne fonctionne pas à l’identique chez tout le monde.

Le Pr Kaptchuk, spécialiste de biologie moléculaire de l’Université de Harvard, a récemment conduit quatre études pour déterminer qui étaient les patients qui répondaient le mieux au placebo.

Dans des pathologies de fatigue liée au cancer, de migraine, de colopathie fonctionnelle et de mal de dos chronique, il a précisé aux patients qu’ils recevaient des comprimés sans principe actif : « Selon les pathologies, les symptômes ont bel et bien diminué, de 15 à 30 % ».

Et parmi les raisons qui expliquaient la plus grande sensibilité au placebo figurait une plus grande attention portée par le patient aux signaux émis par son corps.

Nous touchons là à l’essentiel.

L’écoute et la connaissance de soi.

 

Celui qu’il faut écouter en priorité

Si vous avez mal, c’est que votre corps essaie de vous dire quelque chose. Si la douleur est chronique, c’est généralement parce que vous lui faites subir quelque chose qui ne lui convient pas.

Bien sûr, il existe des maladies purement génétiques. Bien sûr, des personnes naissent plus vulnérables que d’autres vis-à-vis des maladies.

Mais il est vain de se contenter de masquer les symptômes, avec une pilule chimique comme avec des remèdes naturels.

N’essayez pas à tout prix de faire taire votre corps. Commencez par l’écouter : s’il se plaint, c’est probablement que vous devez changer quelque chose.

C’est lui, ce corps, qu’il faut entendre en priorité.

Ce sont ses doléances qu’il faut porter au médecin, et faire en sorte qu’il les entende.

Car comme l’écrit avec humour notre ami le Dr Gérard Leborgne, « les docteurs sont des gens qui prescrivent des médicaments dont ils savent peu de choses pour guérir des maladies dont ils savent encore moins, à des êtres humains dont ils ne savent rien » [6].

Santé !

Gabriel Combris

Sources :

[1] https://aimsib.org/2018/12/05/pourquoi-et-comment-demander-un-deuxieme-avis-en-medecine/

[2] http://sante.lefigaro.fr/article/le-lent-naufrage-scientifique-du-pr-luc-montagnier/

[3] Isaac Jennings, The Philosophy of Human Life.

[4] Levine, Jon.D., GORDON, Newton C. et Howard L.FIELDS. « The mechanism of placebo analgesia », Lancet, vol.2, no8091, 1978, p.654-657.

[5] Leuchter, Cook, Witte et al. « Changes in brain function of depressed subjects during treatment with placebo », American Journal of Psychiatry, vol 159, no 1, 2002, p.122-129.

[6] Gérard Leborgne, Le bonheur s’apprend, la santé aussi. Editions Ductus.