Bonjour à tous,

Honnêtement, je suis resté sans voix en découvrant les propos tenus à la radio par le nouveau ministre de l’Agriculture, M. Didier Guillaume :

« C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides. Ou pas« , a-t-il déclaré sur RTL.

« Il y a peut-être des soupçons, mais il n’y a aucune preuve scientifique » [1]

« Aucune preuve scientifique » des conséquences catastrophiques de l’usage des pesticides sur la santé  !? Sérieusement ?

Je sais bien qu’il s’agit d’un homme politique, mais là, c’est Pinocchio à l’agriculture !

On est presque au niveau du célèbre lobbyste de Monsanto, Patrick Moore, venu dire à la télévision qu’on pouvait parfaitement « boire du glyphosate » – l’herbicide contenu dans le Round-Up – avant de quitter le plateau quand le journaliste lui en a proposé un verre [2].

Bref. Puisque notre ministre évoque les « scientifiques », je lui propose de découvrir quelques résultats d’études de scientifiques, justement, qui soulignent à quel point les pesticides représentent, contrairement à ce qu’il dit, une GIGANTESQUE menace sanitaire.

  • Cancer et retard mental chez l’enfant

Des chercheurs de Louvain et de Toulouse ont passé en revue l’ensemble des études scientifiques sur le lien entre pesticides et cancer de l’enfant [3].

Cette méta-analyse, présentée par l’Agence nationale de sécurité de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a conclu à « une augmentation statistiquement significative du risque de voir apparaître des tumeurs cérébrales de même que des leucémies chez les enfants exposés ».

Ce sont les expositions directes qui ont été analysées, pour un usage domestique intérieur : pesticides, traitements d’animaux de compagnie, traitements contre les puces et les tiques, mais aussi répulsifs anti-moustiques et produits anti-moustiques.

Il est à noter qu’une étude précédente avait montré, dans l’Etat de New-York, que dans des zones traitées avec des pyréthrinoïdes pour éliminer certains moustiques, on avait constaté une augmentation de 25 % du nombre d’enfants autistes ou souffrant d’un retard de développement mental [4].

Par ailleurs, une autre étude sur des enfants de 8 à 15 ans a montré que ceux dont les urines contiennent le plus de résidus de pesticides organophosphorés ont un risque accru de souffrir d’un déficit de l’attention et d’hyperactivité [5].

Chez les adultes, une étude menée sur des femmes vivant à New York a montré un lien entre l’exposition aux pesticides domestiques et le cancer du sein [6].

Une autre étude [7] menée sur des agriculteurs a montré une augmentation du cancer de la prostate de 40 % chez les hommes exposés au DDT et aux pesticides organochlorés.

Enfin, une étude épidémiologique française, publiée en octobre 2018 dans la revue JAMA Internal Medicine, indique que les plus gros consommateurs d’alimentation issue de l’agriculture biologique (qui n’utilise pas de pesticides) ont un risque de cancer réduit de 25 %, par rapport à ceux qui en consomment le moins [8].

Cette association était particulièrement marquée pour les cancers du sein chez les femmes ménopausées (-34 % de risque) et les lymphomes (-76 % de risque).

  • Risques de maladie de Parkinson

Les pesticides seraient en cause dans l’augmentation considérable de la fréquence de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs (+ 70 % chez les agriculteurs nord-américains) [9].

Ses conseillers rappelleront à l’occasion à notre ministre de l’Agriculture qu’en France, les autorités reconnaissent d’ailleurs le statut de maladie professionnelle pour les agriculteurs touchés par Parkinson.

Les principaux pesticides soupçonnés de jouer un rôle dans le déclenchement de la maladie sont le paraquat, la roténone – une matière active naturelle utilisée depuis longtemps en agriculture biologique – ou encore le chlordécone, utilisé notamment dans les bananeraies en Martinique, et à l’origine de nombreux cancers de la prostate et de myélome (et qui pose encore problème 25 ans après son interdiction en 1993) [10].

  • Deux fois plus d’asthmatiques

En Californie, des chercheurs [11] ont étudié le lien entre l’asthme et l’exposition des enfants à différents facteurs de risque comme les pesticides, la fumée, les cultures ou encore les animaux : les enfants exposés aux pesticides dans leur première année auraient deux fois plus de risques d’avoir de l’asthme avant 5 ans.

  • Réduction des spermatozoïdes

Lors d’une étude sur la baisse de qualité du sperme en France [12], on a remarqué que les régions agricoles étaient les plus touchées par le phénomène.

Pour valider l’hypothèse d’un lien avec l’exposition aux pesticides, d’autres chercheurs ont suivi 155 hommes venus consulter pour des problèmes de fertilité : ceux qui consommaient les fruits et légumes contenant le plus de résidus de pesticides avaient 49 % de spermatozoïdes en moins et un sperme de moins bonne qualité dans 32 % des cas [13].

  • Risque de diabète multiplié par deux !

D’après une étude menée sur des agriculteurs [14], ceux qui répandent des insecticides organochlorés au moins 100 jours par an auraient entre 50 % et 100 % de risque en plus d’avoir du diabète selon le produit utilisé.

Je ne veux pas allonger plus longtemps cet inventaire mais si je peux me permettre, je signale au nouveau ministre de l’Agriculture que toutes les sources de ces études sont accessibles au bas de cette lettre…

De rien, c’est offert.

Le faux progrès

Mais au-delà du cas (gratiné) de notre ministre, la vraie question est la suivante : l’homme sait-il à quoi il joue en ayant recours massivement à des composants chimiques dont on ignore tout des désastres qu’ils sont capables de produire sur le long terme ?

Quel bon sens y a-t-il à agir ainsi ?

Cette question, le journaliste et grand amoureux de la Nature Jean Palaiseul la posait déjà…en 1972 :

« Quand les oiseaux et les poissons meurent, quand le sol s’appauvrit au point de s’envoler en poussière ou que l’érosion crée de nouveaux déserts, c’est que les insecticides, les engrais chimiques et l’exploitation effrénée de la forêt sont des voies néfastes sur lesquelles on n’aurait pas du s’engager » ;

« Quand la pollution devient la rançon du progrès, c’est que celui-ci est un faux progrès »

«  Quand l’organisme humain est en proie à des désordres et des troubles qu’on appelle « maladies », c’est que l’intéressé ou ses procréateurs ont commis des erreurs dans leur façon de vivre ou de se nourrir ; quand un remède fait taire un symptôme pour en provoquer ensuite d’autres souvent plus graves, c’est qu’on se fourvoie dans le royaume des succès illusoires. » [15]

Royaume, hélas, où pullulent les princes du mensonge et les ministres de la mauvaise foi.

Mais pas d’abattement, car la partie n’est pas finie !

Nous avons chacun un rôle à tenir, comme informateurs, lanceurs d’alerte ou simples citoyens, celui de passer au-dessus du mensonge, de faire connaître et de partager les travaux de scientifiques honnêtes, préoccupés par le bien commun, celui de l’Homme et de la Nature.

Pesticides, perturbateurs endocriniens, nanoparticules, ondes électromagnétiques, etc. voilà autant de sujets sur lesquels il faudra ouvrir l’œil, et le bon ! Car comme dit le proverbe, « il n’y a certainement rien d’aussi dangereux que de faire très efficacement, ce qui ne devrait pas être fait du tout » !

Santé,

Gabriel Combris

Sources :

[1] https://www.ouest-france.fr/politique/didier-guillaume/pesticides-c-est-aux-scientifiques-de-prouver-l-impact-sur-la-sante-selon-didier-guillaume-6026614

[2] https://www.youtube.com/watch?v=Vec_Pgt_86E

[3] https://www.anses.fr/fr/system/files/181002-PNREST-PlanCancer-DP.pdf

[4] Hicks, S, Doraiswamy V, Fry K, et al. Aerial Pesticide Exposure Increases the Risk of Developmental Delay and Autism Spectrum Disorder. Pediatric Academic Societies Meeting 2016. 2016.

[5] Bouchard, M. et al. 2009. Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder and Urinary Metabolites of Organophosphate Pesticides. Pediatrics  DOI:10.1542/peds.2009-3058.

[6] Teitelbaum, S.L., et al. 2007. Reported residential pesticide use and breast cancer risk on  Long Island, New York. American Journal of  Epidemiology 165(6):643-65

[7] Settimi, L., et al. 2003. Prostate cancer and exposure to pesticides in agricultural settings. Int J Cancer 104(4):458-461

[8] https://presse.inserm.fr/moins-de-cancers-chez-les-consommateurs-daliments-bio/32820/

[9] Dr Philippe Véroli, Parkinson, la liste des remèdes naturels les plus prometteurs, revue Santé Corps Esprit, mars 2017.

[10] https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/06/06/scandale-sanitaire-aux-antilles-qu-est-ce-que-le-chlordecone_5310485_3244.html

[11] Salam, MT, YF Li, B Langholz, and FD Gilliland. May 2004. Early-life environmental risk factors for asthma: Findings from the children’s health  study. Environmental Health Perspectives 112 (6): 760-765.

[12] Le Moal J, Rolland M, Goria S and al. Semen quality trends in French regions are consistent with a global change in environmental exposure. Reproduction. 2014 Mar 8;147(4):567-74.

[13] Chiu YH, Afeiche MC, Gaskins AJ and al. Fruit and vegetable intake and their pesticide residues in relation to semen quality among men from a fertility clinic. Hum Reprod. 2015 Jun;30(6):1342-51.

[14] Montgomery et al. 2008. Incident Diabetes and Pesticide Exposure among Licensed Pesticide Applicators: Agricultural Health Study,  1993–2003. American Journal of Epidemiology. 167(10):1235-1246

[15] Jean Palaiseul, Nos grands-mères savaient.