Chers lecteurs,

Si vous vous demandez pourquoi vous êtes toujours lecteur de ma lettre Directe Santé, qu’est-ce que ça vous apporte, eh bien j’espère que mon message d’aujourd’hui vous donnera la réponse. Parce que lorsqu’on cherche, on trouve des raisons de croire, d’espérer, et de ne pas céder à la morosité générale. Non ?

Mais d’abord, un petit slogan pour commencer : on est paraît-il « la moyenne des 5 personnes qu’on fréquente le plus » – c’est en tout cas ce que nous rabâchent les gourous du développement personnel.

Cette phrase n’a l’air de rien, et pourtant elle comporte un sous-entendu sans équivoque :

Il faut nous « débarrasser » de ceux qui font baisser notre moyenne.

Numéro 4 connaît un passage à vide ? Il me force à ralentir ? Ciao ! On le remplace.

Dans cette optique utilitaire, l’autre est vu comme le tremplin de ma performance. Un outil, un moyen, un objet qui doit être bénéfique ou alors dont il faut se séparer.

Combien de relations sont placées sous ce rapport ?

N’est-ce pas d’ailleurs une des raisons pour laquelle la solitude frappe si fort et fait tellement de mal ?

Parce qu’on se trompe de registre en abordant l’autre ? S’il me sert, je prends. Mais sinon…je coupe les ponts ! Voilà le conseil des gourous 2.0

Mais il y a heureusement une autre façon de voir les rapports humains. Et devinez quoi, ce n’est pas sans incidence sur la santé…

La vitamine G

Quelque temps avant de mourir, à 112 ans et en bonne santé, l’américain Lawrence Brooks était interrogé sur ce qui était selon lui, la raison de sa longévité :

« Je ne sais pas avec certitude pourquoi j’ai vécu si âgé. Mais j’imagine que cela a quelque chose à voir avec le fait d’avoir été gentil avec les autres ».

Être gentil, reconnaissant, dire merci…

Dans un monde qui valorise la force, le pouvoir et la domination, on a l’impression que c’est devenu une défaite dans l’esprit de certaines personnes.

Que cela revient à s’abaisser.

Mais quelle erreur !!!

La gentillesse…C’est la vitamine oubliée, la « vitamine G » !! Car elle agit comme une potion magique pour la santé, comme en témoignent de très nombreuses études sur le sujet :

  • Des psychologues anglais ont montré que les personnes à qui ils avaient demandé d’éprouver chaque jour un peu reconnaissance retrouvaient un meilleur sommeil et une tension artérielle abaissée en seulement deux semaines, par rapport à un groupe de contrôle1 ;
  • La psychologue américaine Barbara Fredrickson a montré que le système immunitaire des individus en quête d’un bonheur « eudémonique » (qui passe par la recherche d’un sens à leur vie, d’engagement et de lien avec les autres) était plus développé que celui de ceux qui préfèrent un bonheur hédonique (à la recherche d’une satisfaction personnelle).

D’autres scientifiques, en effectuant des prélèvements sanguins sur 80 volontaires en bonne santé ont, ont observé qu’en cas d’altruisme, les gènes inflammatoires baissent et les gènes antiviraux augmentent, afin de protéger le corps.

Au contraire, il faut savoir qu’une personne seule, sans relations sociales, se défend moins efficacement contre un virus et produit une quantité accrue de molécules associées à l’inflammation qu’une personne bien entourée ?

Dans une étude sur les effets de la séparation conjugale, des chercheurs ont comparé un groupe de 38 femmes mariées à un groupe de 38 femmes divorcées.

Les résultats montrent que ces dernières ont des capacités immunitaires réduites, mesurées par leur taux de cellules NK (cellules de l’immunité innée)2 inférieurs au groupe des femmes mariées.

Preuve que la présence sincère à l’autre raffermit notre force intérieure, et notre propre capacité de défense.

Et si on redevenait dépendants ?

Dans un monde qui survalorise l’in-dépendance, c’est peut-être au contraire notre dépendance qu’il faudrait ré-apprendre à valoriser : dépendance à la nature, aux générations qui nous ont précédées, à celles qui nous suivront, et bien sûr, dépendance à l’autre, notre frère en humanité.

N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’expérience sinistre de la crise du covid, ses confinements, cette méfiance vis-à-vis d’autrui, la division en camps opposés, nous fait si profondément ressentir : nous dépendons puissamment les uns des autres.

Expérience intéressante pour ceux qui croient (sincèrement) que « l’enfer, c’est les autres »

Le Professeur Emmons, de l’université de Californie, a conduit une étude où il a réparti plusieurs centaines de personnes en trois groupes avec des pratiques différentes :

  • Le premier groupe devait noter chaque semaine cinq évènements positifs vécus par les individus, pour lesquels ils pouvaient être reconnaissants ;
  • Le second groupe devait faire la liste des choses « irritantes » de la vie quotidienne, des évènements qui les ont tracassés ;
  • Le troisième groupe devait simplement recenser les évènements notables de la semaine, ceux qui avaient eu un impact sur leur quotidien.

Au bout de 3 mois, les membres du premier groupe (« gratitude ») présentaient l’état général le plus enthousiaste, positif et optimiste sur l’avenir.

Surtout, ils avaient moins de problèmes de santé et s’étaient mis à faire davantage d’activité physique (une heure et demie de plus par semaine !), avec là-aussi des conséquences positives sur leur état général.

Et lorsque le Professeur Emmons a reproduit son test avec des personnes affectées de maladies neuro-musculaires graves et dégénérescentes, il a constaté les mêmes résultats :

Les membres du groupe « gratitude » ressentaient non seulement un sentiment de bien-être plus élevé que les autres, mais leur sommeil était plus long et de meilleure qualité.

Et il y a encore plus étonnant…

La gentillesse soigne votre cœur !

Dans une étude sur près de 200 personnes souffrant d’une maladie cardiaque, des chercheurs américains ont demandé à un groupe de tenir un journal des évènements dont ils pouvaient être reconnaissants, leur niveau d’inflammation a reculé au bout de deux mois, et leur rythme cardiaque s’est amélioré3.

Au total, leur risque cardiaque était devenu inférieur à ceux qui n’avaient pas tenu de journal4.

L’explication n’est pas tranchée, mais la gratitude permettrait entre autres de réduire le stress, dont on sait qu’il peut agir comme déclencheur d’un événement cardiaque majeur.5

Trésor de la gentillesse

Je vous ai déjà parlé de la jolie parabole du philosophe allemand Arthur Schopenhauer pour décrire liens mystérieux qui nous relient les uns aux autres.

« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. »

« Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. »

« Ainsi, le besoin de société pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. »

Ainsi vont les porcs épics (et les hommes) : un coup ils se rapprochent, un coup ils se décrochent.

Mais ce qui fait notre humanité, sa différence, c’est d’être dirigé vers autre chose que soi-même, qu’il s’agisse d’un but à atteindre ou de quelqu’un à connaître et à aimer.

Voilà pourquoi, je crois comme Lawrence Brooks, que la gentillesse est la vitamine dont nous avons le plus besoin pour vivre une vie longue et heureuse.

Vous en dite quoi ? Laissez-moi votre commentaire

Gabriel Combris